Il est des moments où la généalogie quitte les registres de papier pour
s'incarner dans la pierre.
C’est ce que j'ai ressenti en 2023, en franchissant pour la première fois
le seuil de l'église Saint-Christophe de Jurvielle (Haute-Garonne).
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Église Saint-Christophe - Jurvielle (31)
©Catherine Arbouch
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Un nom et une croix : l'empreinte du passé.
En observant les voussures de la pierre, mes yeux se sont posés sur une
inscription séculaire : le nom LABORDE y est gravé, surmonté d'un écu arborant une croix templière peinte en rouge.
Cette signature minérale n’est pas là par hasard.
Elle appartient sans doute à l'un de mes ancêtres, peut-être
Augustin LABORDE (1657-1727), mon Sosa 258.
Le système pyrénéen : la primauté de la Maison
Mais l'histoire de mon nom est plus subtile qu'une simple lignée
paternelle.
Dans ces montagnes, c'était la Maison qui commandait l'identité.
Mon ancêtre Augustin LABORDE, en épousant
Marie ARBOUCH en 1692, est entré dans son foyer et est devenu selon la
coutume LABORDE dit ARBOUCH.
C’est par les femmes et la pérennité du foyer que mon identité s'est
forgée.
Leur fille,
Françoise Anne LABORDE, a épousé
Simon GUILHAMET en 1721.
Ce Simon était le fils de
Pierre GUILHAMET
(1665-1725), mon Sosa 256, dont je conserve encore trace de la
signature.
En s'unissant à l'héritière de la maison Arbouch, la lignée
Guilhamet s'est fondue dans ce nouveau foyer.
Leur fils,
Exupère GUILHAMET
(1737-1817), a ainsi porté le nom de
GUILHAMET dit ARBOUCH.
La généalogie par les autographes
Au-delà de la pierre, j'ai pu reconstituer cette épopée familiale à
travers les signatures laissées par mes aïeux sur trois siècles.
Chaque paraphe est une rencontre.
- Augustin LABORDE (1657-1727) : ce nom est gravé dans le granit de l'église.
- Pierre GUILHAMET (1665-1725) : une signature ancienne, témoin d'un patronyme qui allait bientôt s'effacer.
- Exupère GUILHAMET dit ARBOUCH (1737-1817) : sa signature illustre parfaitement cette transition où le nom de maison commence à dominer.
- Simon ARBOUCH (1783-1858) : avec lui, le toponyme devient le patronyme définitif.
La lignée se poursuit avec les signatures de Pierre, puis
Guillaume, dont les écritures s'affirment, jusqu'à mon grand-père
Pierre et mon père Joseph.
La survivance par le prénom
Le patronyme GUILHAMET a fini par s'effacer, en 1772, totalement
absorbé par le système pyrénéen au profit d'ARBOUCH.
Pourtant, en remontant le fil de mes aïeux, je me plais à penser que ce
nom n'a jamais vraiment disparu.
Il semble s'être perpétué de manière plus intime, par le sang et la
mémoire :
l'attribution systématique des prénoms Pierre ou
Guillaume à travers toutes les générations, jusqu'à aujourd'hui, résonne comme un hommage silencieux à cet
ancêtre Pierre et à la lignée des Guilhamet.
Le retour aux sources : la boucle est bouclée
L’histoire réserve parfois de merveilleux clins d’œil.
Deux siècles après Augustin, mon grand-père,
Pierre ARBOUCH (1892-1967), a scellé une union qui résonne comme un
écho au passé : il s’est marié avec Jeanne LABORDE.
Par cette alliance, le nom qui était gravé dans la pierre de l’église de
Jurvielle aux côtés de la croix templière est revenu au cœur de notre
famille.
Comme un retour aux sources inattendu, la boucle est bouclée,
réunissant une nouvelle fois les Arbouch et les
Laborde.
Un héritage vivant
Aujourd'hui, quand je regarde cette porte de pierre à Jurvielle, je ne
vois pas seulement un vestige médiéval.
Je vois le point d'ancrage de ma lignée et le respect d'une tradition
ancestrale où l'individu s'efface devant la pérennité de la Maison.
Cette croix templière et ce nom de Laborde, transmis par Françoise Anne,
sont les témoins silencieux de ma famille, enracinée dans ce village
pyrénéen depuis plus de quatre cents ans !
C'est mon histoire, écrite dans le granit et le sang de cette terre.

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