10 mars 2026
Joseph ARBOUCH, fils de Luchon : un portrait de communiant pour défier le sort
| Mon père Joseph ARBOUCH en communiant vers 1941-1942 |
L'image est d'un brun sépia, marquée par le temps, mais le regard de l'enfant garde une intensité troublante.
En ces années 1940, alors que le monde bascule dans le chaos, mon père, Joseph ARBOUCH, livre son propre combat contre la fatalité.
Une sentence en patois
Sa vie a commencé par une épreuve cruelle : le lait de sa propre mère est devenu son poison.
Dans les ruelles de Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne), le verdict des anciens tombait avec la rudesse du climat montagnard. En patois, les "vieux" ne lui laissaient aucune chance :
« Aqueth, arribarà pas a vint. » - Celui-là, il n’arrivera pas à vingt ans...
Condamné dès le berceau, Joseph était ce souffle fragile que chacun s'attendait à voir s'éteindre au premier vent d'hiver.
L'héritier du bois et des perles
Son enfance s'est écoulée dans un décor où la matière brute côtoyait l'éternité.
Il y avait d'abord l'ombre tutélaire du grand-père Guillaume, scieur de long, qui fendait le cœur des arbres à la force du poignet et qui avait vécu jusqu'à 80 ans avant d'être terrassé en 1932. Ce lien avec le bois, indissociable de son prénom, plaçait Joseph dans une lignée presque biblique : comme le Joseph charpentier de Nazareth, il était l'enfant du bois et de la patience, un être façonné pour durer malgré la rudesse de la vie.
Pendant que son père Pierre, sacristain de l’église de Luchon, veillait sur le silence des nefs, sa mère Jeanne travaillait dans l'arrière-boutique d'articles funéraires. Elle y tressait des couronnes et des croix mortuaires en perles de verre.
Joseph a grandi là, petit miracle de chair jouant au milieu des parures destinées aux défunts, lui qu’on disait déjà promis à la terre.
Forcer le destin : Le poids de la volonté
Le cap des vingt ans, celui de la prophétie malheureuse, approchait.
Mais Joseph a décidé de devancer le destin. À 18 ans, en 1947, il s'engage dans l'armée de l'air.
Il était pourtant encore chétif, portant toujours les stigmates de sa petite enfance. Pour "faire le poids" devant les recruteurs et ne pas être réformé, il a dû ruser avec son corps, se retenant trois jours durant pour atteindre les quelques grammes manquants sur la balance. Sa volonté était déjà plus lourde que sa chair.
La protection cachée
Parti servir en Moselle, dans une région de l'Est encore meurtrie par l'après-guerre, il emportait avec lui, sans le savoir, le bouclier maternel. Récemment, en ouvrant le vieux cadre de la photo de groupe de ses conscrits, j'ai trouvé une petite image du Sacré-Cœur de Jésus, dissimulée derrière le portrait. Sa mère l'avait glissée là en secret, comme une armure de papier pour protéger ce fils fragile envoyé si loin.
L'héritage d'une foi
Mon père aimait à dire que s'il était resté debout, c'était parce que son propre père, le sacristain, avait prié pour trois générations. Qu'il l'ait réellement fait ou que ce soit la conviction profonde qui aidait mon père à avancer, cette pensée agissait comme un phare.
Joseph a survécu au poison, il a survécu à l'après-guerre et à l'armée, il a fait mentir les vieux de Luchon, pour me permettre, aujourd'hui, de raconter son histoire.
Que ce soit par le bois de son grand-père scieur de long, les délicates perles de sa mère ou les prières de son père sacristain, mon père Joseph était un homme porté par des forces qui dépassaient la sentence des hommes.
10 juillet 2025
Au-delà du handicap, une leçon de vie !
Mais laissez-moi vous conter ce moment particulier de 2011.
Le doux soleil d'un matin de juin caressait le manège, mais pour moi, la lumière était floue, brouillée par l'émotion brute qui serrait ma gorge.
À 21 ans, avec l'apparence d'un enfant de 12 ans, mon fils en situation de handicap portait sur ses épaules frêles le poids de défis invisibles pour la plupart.
Aujourd'hui était le Grand Jour, celui du passage de son Galop 1 et pour lui, c'était bien plus qu'un diplôme : c'était la promesse d'une revanche sur tant de frustrations, un témoignage bouleversant de sa volonté farouche.
Chaque fibre de mon être tremblait d'appréhension et d'une fierté déjà déchirante.
Le Galop 1, ce premier pas officiel dans le monde équestre, suppose une aisance avec des bases qui, pour la plupart, sont intuitives.
Mais pour mon enfant multidys, confronté notamment à la dysphasie qui emprisonne ses pensées, à la dyspraxie qui rend ses gestes si peu fluides, et qui, de surcroît, ne sait ni lire ni écrire, chaque consigne était une énigme, chaque repère spatial une montagne.
Je savais ce que ça lui coûtait : les mots qui se bousculent, se déforment dans sa tête, le vertige face aux notions de droite et de gauche, la quête incessante de sens dans chaque phrase qu'on lui adresse, l'effort surhumain pour simplement coordonner ses mains et ses pieds.
Et pourtant, il était là, petit géant sur sa monture au pelage moucheté, les épaules droites, le visage concentré, prêt à affronter son défi sous mon regard empli d'une prière silencieuse.
Mais son amour viscéral des chevaux... c'était ça, son super-pouvoir.
Il puisait en lui une force insoupçonnée, Il avait su tissé sa propre stratégie, des images mentales, des gestes pour contourner les mots, pour que le savoir puisse enfin l'atteindre.
Vint ensuite la préparation du cheval : le brosser, le seller, le brider. Des rituels qui exigent précision et coordination.
Pour lui, la dyspraxie transforme chaque geste en une chorégraphie délicate, souvent hésitante. Observer ses mains, parfois gauches, s'efforcer de fixer une boucle, d'ajuster une sangle...
Chaque petite victoire dans ces gestes quotidiens me tirait des larmes muettes, car je savais le courage qu'il fallait pour persévérer là où d'autres n'auraient eu qu'à suivre une routine.
Avancer, s'arrêter, tourner… Des figures qui, sur le papier, semblent si évidentes. Mais pour lui, maintenir cet équilibre précaire, décrypter les instructions que sa monitrice adaptait avec une bienveillance infinie, sentir ce grand corps sous lui, anticiper… tout cela en luttant contre un cerveau qui parfois lui jouait des tours, inversait les consignes, ralentissait les réflexes.
Chaque pas de son compagnon équin était un pas qu'il arrachait à ses propres limites. Combien de fois l'avais-je vu chuter devant les épreuves de la vie puis se relever avec une dignité farouche ?
Les doutes ont été des océans, la frustration des incendies, mais il n'a jamais, jamais abandonné.
Et là, sur cet équidé, il n'y avait plus de "dys", plus de mots qui manquent, juste une fusion, une communion pure. Là-haut, il était libre, fort, complet.
Je revoyais en accéléré toutes les batailles livrées pour lui, chaque porte qui s'est fermée, chaque victoire arrachée, les nuits sans sommeil à chercher des solutions.
Il prouve, à chaque instant, que la différence n'est pas un fardeau, mais une source d'une force décuplée, d'une persévérance qui force l'admiration.
Il est la démonstration vivante que d'autres formes d'intelligence, d'autres canaux de communication et d'apprentissage existent et peuvent mener à l'excellence, bien au-delà de ce que les normes imposent.
La monitrice a finalement prononcé ces mots, "C'est réussi !"
Ce Galop 1 n'est pas qu'un morceau de papier ; c'est un serment, un symbole puissant de ce que l'âme humaine peut accomplir quand elle refuse de plier.
Et là, sous la lumière douce d'un matin de juin, sur le dos de cet ami, mon fils n'était plus seulement un cavalier.
Il était mon héros, un exemple pour chacun de nous, inspirant par sa seule présence et la grandeur de son chemin parcouru.
Cette image n'est pas anodine : elle est le manifeste d'une résilience indomptable, la douce revanche d'une âme que la société avait si vite déclarée hors-jeu !
10 mars 2024
La photo du mois de mars 2024 - Hermine BLAISE
#laphotodumois
Première participation à ce nouveau challenge avec une photo qui me questionne.
Sur ce cliché, figure, à gauche, ma mère, Hermine BLAISE.
Elle est accompagnée d'Andrée, la fille de sa famille d'accueil.
En effet, retirée de sa génitrice pour mauvais traitements (lire cet article), ma mère est placée en 1934 à ROSSELANGE (Moselle) chez les TOURON qui vont l'élever comme leur propre enfant.
Les deux fillettes se trouvent certainement dans un train comme le révèle l'inscription partielle "ionale des grands expr".
J'ai d'abord pensé que cette photo pouvait dater du 14 novembre 1940, date à laquelle ma mère et sa famille, comme des milliers d'autres personnes, sont expulsées de la Moselle.
Cependant, l'absence d'autres personnes autour des deux fillettes et le sourire d'Andrée laissent à penser que les circonstances de cette photo sont plus joyeuses.
En outre, Hermine et Andrée, nées toutes deux en 1931, paraissent âgées de moins de 9 ans.
Tout ceci m'amène à dater cette photo avant la seconde guerre mondiale,
entre 1937 et 1939, peut-être même 1938-1939 car les Chemins de Fer
d'Alsace et de Lorraine disparaissent avec la création de la SNCF le 1er
janvier 1938.
Suite à la parution de cet article, confirmation par ma cousine, qu'il s'agit bien de leur expulsion de Moselle !
Ce 14 novembre 1940, le train n° 16 les transportera en Isère où ils seront accueillis à Roche.
Durant toute la guerre, ma mère, Hermine BLAISE sera, aux yeux de tous, Emilienne TOURON, c'est-à-dire identifiée par son second prénom et le patronyme de ses parents de coeur.
En fait, malgré la situation, la famille était contente de rester en France !
Ci-dessous, le registre du train n° 16 où elle figure avec la famille TOURON (ses parents et sa soeur d'adoption).
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Mon coup de coeur
Eté 1933, j’ai 20 mois et je suis en danger...
Automne 1931 Je viens au monde sans savoir qui je suis vraiment. Moi, Hermine , suis née un soir, début novembre 1931, à la materni...
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