10 janvier 2026

De pierre et d’encre : le destin gravé des Laborde-Arbouch à Jurvielle

Il est des moments où la généalogie quitte les registres de papier pour s'incarner dans la pierre. 
 
C’est ce que j'ai ressenti en 2023, en franchissant pour la première fois le seuil de l'église Saint-Christophe de Jurvielle (Haute-Garonne).
Église Saint-Christophe - Jurvielle (31)
©Catherine Arbouch 
Là, sur l'encadrement massif de la porte ogivale — un précieux vestige de la petite chapelle du XIe siècle — j’ai retrouvé la trace tangible de mon histoire.
 
Porte ogivale 
Église Saint-Christophe à Jurvielle (31)
©Catherine Arbouch

Un nom et une croix : l'empreinte du passé.

En observant les voussures de la pierre, mes yeux se sont posés sur une inscription séculaire : le nom LABORDE y est gravé, surmonté d'un écu arborant une croix templière peinte en rouge.
La croix templière
©Catherine Arbouch 
 
La gravure
©Catherine Arbouch 
  Cette signature minérale n’est pas là par hasard. 
Elle appartient sans doute à l'un de mes ancêtres, peut-être Augustin LABORDE (1657-1727), mon Sosa 258. 
 

 

 

 

Le système pyrénéen : la primauté de la Maison 

Mais l'histoire de mon nom est plus subtile qu'une simple lignée paternelle.
Dans ces montagnes, c'était la Maison qui commandait l'identité.
Mon ancêtre Augustin LABORDE, en épousant Marie ARBOUCH en 1692, est entré dans son foyer et est devenu selon la coutume LABORDE dit ARBOUCH.
 
C’est par les femmes et la pérennité du foyer que mon identité s'est forgée.
Leur fille, Françoise Anne LABORDE, a épousé Simon GUILHAMET en 1721.
Ce Simon était le fils de Pierre GUILHAMET (1665-1725), mon Sosa 256, dont je conserve encore trace de la signature.
En s'unissant à l'héritière de la maison Arbouch, la lignée Guilhamet s'est fondue dans ce nouveau foyer.
Leur fils, Exupère GUILHAMET (1737-1817), a ainsi porté le nom de GUILHAMET dit ARBOUCH.
 

La généalogie par les autographes

Au-delà de la pierre, j'ai pu reconstituer cette épopée familiale à travers les signatures laissées par mes aïeux sur trois siècles.
Chaque paraphe est une rencontre.
  • Augustin LABORDE (1657-1727) : ce nom est gravé dans le granit de l'église.
  • Pierre GUILHAMET (1665-1725) : une signature ancienne, témoin d'un patronyme qui allait bientôt s'effacer.
  • Exupère GUILHAMET dit ARBOUCH (1737-1817) : sa signature illustre parfaitement cette transition où le nom de maison commence à dominer.
  • Simon ARBOUCH (1783-1858) : avec lui, le toponyme devient le patronyme définitif.
La lignée se poursuit avec les signatures de Pierre, puis Guillaume, dont les écritures s'affirment, jusqu'à mon grand-père Pierre et mon père Joseph
 
©Catherine Arbouch

La survivance par le prénom

Le patronyme GUILHAMET a fini par s'effacer, en 1772, totalement absorbé par le système pyrénéen au profit d'ARBOUCH.
Pourtant, en remontant le fil de mes aïeux, je me plais à penser que ce nom n'a jamais vraiment disparu.
Il semble s'être perpétué de manière plus intime, par le sang et la mémoire : l'attribution systématique des prénoms Pierre ou Guillaume à travers toutes les générations, jusqu'à aujourd'hui, résonne comme un hommage silencieux à cet ancêtre Pierre et à la lignée des Guilhamet.

Le retour aux sources : la boucle est bouclée

L’histoire réserve parfois de merveilleux clins d’œil.
Deux siècles après Augustin, mon grand-père, Pierre ARBOUCH (1892-1967), a scellé une union qui résonne comme un écho au passé : il s’est marié avec Jeanne LABORDE.
 
Par cette alliance, le nom qui était gravé dans la pierre de l’église de Jurvielle aux côtés de la croix templière est revenu au cœur de notre famille.
 
Comme un retour aux sources inattendu, la boucle est bouclée, réunissant une nouvelle fois les Arbouch et les Laborde.

Un héritage vivant

Aujourd'hui, quand je regarde cette porte de pierre à Jurvielle, je ne vois pas seulement un vestige médiéval.
Je vois le point d'ancrage de ma lignée et le respect d'une tradition ancestrale où l'individu s'efface devant la pérennité de la Maison.
 
Cette croix templière et ce nom de Laborde, transmis par Françoise Anne, sont les témoins silencieux de ma famille, enracinée dans ce village pyrénéen depuis plus de quatre cents ans !
 
C'est mon histoire, écrite dans le granit et le sang de cette terre.
Paysage de Jurvielle (31) - ©Catherine Arbouch


    23 octobre 2025

    Saint-Béat - Haute-Garonne


     

    21 octobre 2025

    11 juin 1906 - La "Capsule" a sauté !

    Oubliez les nobles et les sages !

    L'histoire de ma famille prend un tournant quelque peu hilarant grâce à mon grand-oncle : Joseph ABADIE, plus connu à Bagnères-de-Luchon sous le surnom explosif de « Capsule »

    Ce surnom, c'est l'indice parfait pour comprendre l'histoire croustillante que j'ai trouvée dans La Dépêche du 29 juin 1906.

    Joseph ABADIE, mari de ma grand-tante (la sœur de mon grand-père paternel), était cocher audit Bagnères-de-Luchon et avait 24 ans à l'époque.

    Et, le soir du 11 juin, il a fait honneur à son surnom !

    Journal La Dépêche - 29 juin 1906

    Imaginez la scène vers dix heures du soir sur les allées Barcugnas... Notre Joseph a visiblement pris quelques verres de trop, car le journal note qu'il était « surexcité par la boisson ».

    La "Capsule" a sauté, et le grand-oncle a commencé à outrager deux gendarmes. C'est ce qui s'appelle choisir son public !

    Évidemment, ce débordement de caractère lui a coûté une amende : 16 francs (avec sursis) pour outrages et 5 francs pour avoir été un peu trop pétillant.

    Je trouve amusant que le destin ait voulu qu'un homme surnommé "Capsule" soit condamné précisément pour ivresse.

    Une histoire parfaitement calibrée pour être racontée avec un grand sourire, lors des prochains repas de famille !

    20 octobre 2025

    27 mai 1924 - L'Affaire Simon TINÉ / Pierrette SACAZE

    Un fait divers qui déchire le silence.

    En mai 1924, à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne), un amour interdit entre Simon Tiné, 25 ans, menuisier, et sa jeune belle-sœur Pierrette Sacaze, 17 ans, s'est achevé en drame.

    Jalousie, possession, et fureur : la tension atteint son paroxysme le soir du 26 mai. L'irréparable est commis, brisant cinq vies en un instant.

    Découvrez le récit de cette tragédie intime et de la macabre fin de son auteur.

     

    27 septembre 2025

    1906 - Quand la vérité lève le voile sur la légende familiale - Le meurtre dans l'écurie familiale

    Qui n'a jamais frissonné à l'écoute d'une légende familiale chuchotée, le soir, au coin du feu ?

    Dans la famille ARBOUCH, une sombre histoire évoquait le meurtre d'un étranger dans l'écurie familiale, un vol et des louis d'or tachés de sang.

    Pendant des générations, nous avons plus ou moins douté de sa véracité.
    Jusqu'à ce qu'une recherche généalogique banale ne lève le voile sur l'impensable...

    24 septembre 2025

    1875 - La mort du « prince polonais » à Luchon : entre légende médiatique et vérité des archives

    Le XIXᵉ siècle raffolait des faits divers spectaculaires, surtout lorsqu’ils mettaient en scène des aristocrates étrangers, jeunes, fortunés et extravagants.
     
    En octobre 1875, L’Opinion Nationale publiait l’histoire dramatique d’un prince polonais mort à Bagnères-de-Luchon lors d’une chasse à l’isard.
    Le récit avait tout d’un feuilleton romantique : jeunesse, passion, fortune dissipée et mort brutale dans les Pyrénées. 

    Mais les archives de Luchon racontent une autre histoire.
    L’acte de décès permet aujourd’hui de rectifier les détails enjolivés par les journaux et de rendre à ce personnage son identité véritable.

    La version journalistique : un roman de montagne

    Dans son édition du 30 octobre 1875, L’Opinion Nationale rapporte :


       
    "Un jeune prince polonais, jeune homme de 25 ans, très répandu dans le monde parisien, avait loué pour la saison d’automne, moyennant 6 000 francs, la villa Bertin qu’avait habitée, en 1867, l’écolier de Woolwich. Il avait amené avec lui une jeune fille de dix-neuf ans, appartenant, paraît-il, à une famille très honorable.

    Ces jeunes gens se faisaient remarquer par leurs excentricités. Outre de nombreux domestiques à son service, le jeune Polonais avait loué sept guides qui l'accompagnaient dans la montagne, où il chassait l'isard avec sa maîtresse, qui s'était fait faire un costume de chasse.

    Avant-hier matin, étant parti pour chasser cet animal qui se retire sur les pics d’où il franchit les escarpements avec la souplesse d'une gazelle, ses guides lui firent observer que la neige qui était tombée pendant la nuit, rendait cette chasse très périlleuse. Le jeune homme ne voulut pas se rendre à ses sages conseils. Il laissa sa maîtresse à l'hôtel dit l'Hospice de Luchon, et continua son ascension avec son guide Haurillon.

    Arrivé dans un endroit très escarpé, son guide l'invita à se tenir à sa ceinture.

        - C'est bon pour les hommes, répondit le jeune imprudent.

    A cet instant, une cigale passe au-dessus de sa tête ; il la regarde ; puis, abaissant son regard dans le vide, le vertige le saisit et il tombe sur des rochers couverts de neige, à une hauteur de dix mètres. La fatalité voulut que, dans sa chute, il fit partir de ses doigts crispés les deux coups de son fusil, chargé de chevrotines, dont l'un l'atteignit à la cuisse droite. Il était deux heures.

    Haurillon descendit dans la crevasse où gisait le malheureux jeune homme, qui s'était fracturé la jambe et perdait beaucoup de sang par sa blessure. Haurillon enleva ses vêtements et déchira sa chemise, dont il fit des compresses ; puis il alla chercher du secours.

    L'opération avait épuisé ses forces ; il marcha deux heures, chargeant et déchargeant son arme. Le dernier coup de fusil mit heureusement en éveil les soldats du poste, qui sortirent pour explorer les environs. Ils trouvèrent le guide évanoui.

    Ce n'est qu'après une heure de soins qu'on parvint à lui faire reprendre connaissance. Il raconta alors le malheur qui avait arrivé au jeune chasseur, et, sur ses indications, les soldats partirent à la recherche du blessé. La nuit était venue et ce n’est qu’à neuf heures qu'ils le découvrirent.

    Les soldats le placèrent sur un matelas qu'ils avaient apporté et le chargèrent sur leurs épaules. Arrivé à l'hôtel où l'attendait un médecin, appelé en toute hâte, il fut examiné. L’amputation fut jugée nécessaire. Le jeune homme fut chloroformé et succomba au milieu de l’opération.

    Son frère, qui habite Paris, averti par un télégramme, se rendit à Luchon. Les scellés avaient été apposés à la villa.

    On a trouvé 37,000 fr. et tous les bijoux de la jeune personne ont été saisis.

    Le bruit était généralement répandu dans la ville que le défunt avait dépensé depuis sa majorité, la somme de 700,000 fr. 



    L'écolier de Woolwich, cité dans l'article, désigne le Prince Impérial Louis-Napoléon Bonaparte qui séjourna à la Villa Bertin en 1867


    La vérité des archives : l’acte de décès de Luchon

    L’acte de décès conservé aux archives (Acte 111) apporte les précisions ci-dessous.
    • Nom : Stephan de Skarbek de Malczewski
    • Date du décès : 21 juin 1875, soit plusieurs mois avant la parution de l’article.
    • Âge : 35 ans, et non 25 comme l'indique le journal.
    • Lieu du décès : La Villa Bertin, où il résidait
    • Cause du décès : non précisée sur l’acte de décès.

     

    Bagnères-de-Luchon. 31 - 1 E 97 - NMD - 1875 - page 63


    Entre légende et histoire

    La mort de Stephan de Skarbek de Malczewski, survenue le 21 juin 1875, illustre parfaitement la manière dont un événement peut être transformé en récit romanesque par la presse du XIXᵉ siècle.
    Le décalage entre la date du drame et la publication de l’article a permis l’ajout de détails sensationnels et la déformation des faits.

    Derrière la légende du « jeune prince polonais » demeure l’homme réel : un aristocrate de 35 ans dont la vie s’est terminée tragiquement dans les montagnes de Luchon.

     

    21 septembre 2025

    05 juin 1725 - Un enfant tombé dans une fosse à Kirville (Moselle)

     

    Le 05 juin 1725, un enfant est retrouvé mort dans une fosse à Kirville (Moselle actuelle).

    Le rapport du maître chirurgien révèle l'absence de "coup, ni blessure". Il conclut que la mort est la conséquence d'un accident.

     

    AD 57 - Hazembourg - 9NUM/313ED1E1 - BMS - 1717-1744 - p 7

     

    J’ay, maitre chirurgien juré au raport
     en la chatenery d’Albestrof au val 
    de Gieblanche et autre lieux, 
    certifie que ce 5 juin de l'an 1725
    au environ de 10 du matin, je me suis
    transporté au village de Kirville pour
    visenter un corps mort qui m'a paru avoir esté
    mie dans une fosse, a ce qui m'ont dit et 
    declarés les habitants de Kirville, qui l'ont
    tiré hors de ladite fosse vers les 10 heures
    du soire le quatrième du present mois.
    je l'ay visenté tous les membres de son corps
    je nay trouvé aucun coup, ny blesure, 
    ce qui m'a fait juger que ledit enfans a tombé
    dans ladite fosse par accident, comme
    leditte enfans n'ayant esté rapelé de 
    personne, j’ay delivré le present raport
    entre les mains de Mr Bezu administ-
    rateur d’Hazambourg et de Kirville
    pour servir et valoir envers qui il appartien
    drat, ainsy que de raison. donné à Kirville
    ce 5 juin 1725.
    Gile Mesanselle

     

    20 septembre 2025

    Antoine BLAISE ou le fantôme d'un noyé de 1888

     

    Antoine BLAISE, frère de mon grand-père maternel, âgé de 8 ans en 1888, patinait sur un étang gelé, quand soudain...

    Après des décennies de silence, j'ai découvert son histoire en 2020.

    Je vous invite à découvrir comment le souvenir d'Antoine a voyagé à travers le temps et comment son absence a paradoxalement tracé un chemin de vie dans ma famille qui n'a pourtant jamais connu son existence !

    Un bel exemple de fidélité familiale en psychogénéalogie.

     

    #RDVAncestral est un challenge qui consiste à aller à la rencontre de l'un de ses ancêtres (ou d'un collatéral d'un temps passé) dans son époque et sur son lieu de vie. 







    06 août 2025

    Félix Jean JOUANETON - Un petit homme dans la Grande Guerre

    Jugé trop frêle par l'armée en 1904, Félix Jean JOUANETON, un "petit homme" de 1,45 mètre, est d'abord exempté du service militaire pour infantilisme. 

    Mais la guerre, avec une cruauté implacable, le rattrape en 1915 et Félix, en marche vers son destin, disparaît à jamais dans le fracas de la bataille de Verdun.